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La page

d'histoire

de Benoît

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Ligne 169 - Île-Ronde

Selon le site Web de la Commission de toponymie du Québec, plus d'une trentaine d'îles au Québec portent le nom d'île Ronde. Cependant, aucune de ces îles n'est située sur le territoire de la Ville de Montréal. Alors, pourquoi la ligne de bus 169 porte-t-elle ce nom? À cause du parc d'attractions La Ronde, sur l'île Sainte-Hélène? Oui, mais il y a plus!

Remontons en 1963. Contre toute attente, la Ville de Montréal décide de tenir l'Exposition universelle de 1967 sur les îles au milieu du fleuve Saint-Laurent, un site enchanteur qui a toutefois l'inconvénient d'être trop petit. La solution : créer une nouvelle île de toutes pièces, l'île Notre-Dame, et agrandir l'île Sainte-Hélène en la reliant à ses voisines, l'île Verte et l'île Ronde. La voilà, notre île Ronde!

Photo : Le premier ministre du Québec, Jean Lesage,

le premier ministre du Canada, Lester B. Pearson,

et le maire de Montréal, Jean Drapeau,

lors de l'inauguration des travaux pour la création

des îles de l'Expo (photo : BANQ).

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Le sacrifice de l'île Ronde est double : en plus de renoncer à son identité en étant reliée à l'île Sainte-Hélène, elle perd la quasi-totalité de sa superficie en servant de carrière. En effet, le roc extrait de l'île Ronde sert de contour aux nouvelles îles de l'Expo, complété par le roc extrait des tunnels du métro. À la fin des travaux, l'immense trou de la carrière est rempli d'eau et reçoit le nom de lac des Dauphins.

Mais tout n'est pas perdu : afin de permettre aux visiteurs de l'Expo de se détendre et de s'amuser après avoir visité les pavillons, un vaste parc d'attractions est aménagé à côté de l'ancienne île Ronde. Puisque le mot «ronde» désigne également une danse accompagnée de chansons, il est décidé que le nouveau parc d'attractions s'appellera La Ronde... Plus de 20 millions d'entrées y sont comptabilisées durant l'Expo!

 

Dans son excellent livre «La petite histoire d'Expo 67», le directeur des relations publiques à l'Expo, Yves Jasmin, raconte que La Ronde doit également son nom à un film populaire de l'époque. Malheureusement, il ne précise pas lequel! Il s'agissait peut-être d'un film de Walt Disney, célèbre producteur qui a eu la gentillesse d'accueillir plusieurs employés de l'Expo venus apprendre comment gérer un parc d'attractions...

 

Benoît Clairoux

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Ligne 85 - Hochelaga

Tout le monde le sait, le nom Hochelaga désigne un quartier, une rue et une ligne de bus de l'est de Montréal. Tout le monde le sait également, Hochelaga était le nom du village amérindien situé sur l'actuelle île de Montréal et visité par Jacques Cartier en 1535. En tout cas, si vous ne le saviez pas, vous le savez maintenant! Ce qu'on sait moins, par contre, c'est que le nom Hochelaga a été donné à l'archipel qui comprend toutes les îles de la région de Montréal.

Ce que personne ne sait, c'est l'emplacement exact de ce village iroquoien, qui n'existait plus lors du voyage de Champlain en 1603. Les Iroquoiens n'ayant pas laissé d'écrits derrière eux, il faut se fier à ceux de Cartier pour deviner l'emplacement du village. Or, les écrits du navigateur portent à confusion : Cartier ne précise pas s'il a emprunté le fleuve Saint-Laurent ou la rivière des Prairies pour se rendre à destination. Impossible alors de dire si le village était situé au nord ou au sud du mont Royal...

Reproduction du village d'Hochelaga effectuée à partir des écrits de Jacques Cartier.

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Pourquoi le village d'Hochelaga a-t-il été abandonné par les Iroquoiens? On a longtemps pensé qu'une épidémie provoquée par la venue des Européens en était la cause. Plus plausible est l'hypothèse d'une attaque par un autre groupe d'Amérindiens, les Iroquois ou les Hurons. Ou, tout simplement, les habitants ont quitté leur village pour en construire un autre ailleurs, comme c'était la coutume...

Un doute subsiste également quant à la signification du nom Hochelaga. Certains croient qu'il vient du mot iroquoien osheaga, qui signifie «gros rapides». Selon d'autres, il viendrait du mot iroquois «oseraka», qui peut signifier trois choses : «barrage de castors», «où l'on fait les haches», ou encore «là ou l'on passe l'hiver».

Ce qui est certain, en tout cas, c'est que la personne qui découvrira l'emplacement exact de l'ancien village iroquoien d'Hochelaga verra son nom gravé à tout jamais dans les livres d'histoire. Cela dit, ce n'est peut-être pas une raison pour aller creuser de grands trous dans votre cour arrière!

Benoît Clairoux

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Station Lucien-L’Allier

Le premier ingénieur en chef du métro de Paris, Fulgence Bienvenüe (1852-1936), a déclaré un jour: «Le propre des constructions souterraines, c'est d'être parfaitement ingrates à l'égard de leurs auteurs... » Que voulait-il dire par là? Que les efforts investis dans la construction d'un métro ne sont jamais récompensés à leur juste valeur? Il faut avouer que l'ingénieur breton a payé cher son implication dans les transports publics, un accident subi en 1882 lors d'une visite de chantier lui ayant coûté son bras gauche. Toutefois, ses quelque 35années consacrées à la construction du métro de Paris ne sont pas passées inaperçues puisque son nom a été donné à une station du réseau en 1933, quelques années avant sa mort.

Lucien L'Allier (1909-1970) est en quelque sorte le «Fulgence Bienvenüe» du métro de Montréal. Certes, il n'a pas été en poste aussi longtemps que son homologue parisien, mais il restera toujours le premier ingénieur en chef du métro de Montréal, poste qui lui revenait de droit en 1961 en tant que directeur des Travaux publics de la Ville de Montréal. Plus important encore, il fut président-directeur général de la Commission de transport de Montréal (CTM) de 1964 à 1969 et de la Commission de transport de la Communauté urbaine de Montréal (CTCUM) de 1970 à 1974. Fulgence Bienvenüe ne peut en dire autant!

Lucien L'Allier (à droite) et le maire Jean Drapeau assistent à l'arrivée du premier train du métro de Montréal, le 14 octobre 1966.

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Photo: Ville de Montréal. Gestion de documents et archives

Peu de choses ont été écrites sur Lucien L'Allier. Il faut dire que l'homme préférait le travail bien fait aux honneurs. À l'occasion, il pouvait faire preuve d'une grande initiative, comme en fait foi cette anecdote. Avant l'ouverture du métro, Lucien L'Allier et d'autres artisans du projet prennent place dans une voiture pour des essais. Entre deux stations, l'ingénieur en chef actionne le frein d'urgence, provoquant l'arrêt immédiat du train et la bousculade de ses passagers. Quelques instants plus tard, un employé mécontent fait irruption dans la voiture et demande qui a actionné le frein. Devant la réponse positive et assurée de l'ingénieur en chef et président de la Commission de transport, l'employé n'a d'autre choix que de dire: «Oh... Vous avez bien fait, Monsieur L'Allier!»

Au décès de Lucien L'Allier en 1978, il est entendu qu'une station du métro de Montréal devra bientôt porter son nom. Ce sera la station Aqueduc, alors en construction et qui ouvrira ses portes le 28 avril 1980. De ce nom que devait porter la station, il ne reste que les grandes arches qui rappellent les aqueducs de l'ère romaine. Puisque les stations de métro portent pratiquement toujours le nom d'une rue à proximité, on a d'abord changé en 1979 le nom de la rue de l'Aqueduc pour celui de rue Lucien-L'Allier. Notons que le même geste avait été posé quelques années plus tôt pour honorer la mémoire du chanoine Lionel Groulx, avec le changement du nom de la rue Albert.

Pourquoi ne pas avoir donné le nom de Lucien L'Allier à une station de métro de son vivant, comme ce fut le cas pour Fulgence Bienvenüe à Paris? Parce qu'il est maintenant d'usage d'attendre le décès de quelqu'un avant de nommer une voie publique en son honneur. De toute manière, Lucien L'Allier n'aurait pu apprécier cet hommage à sa juste valeur, lui qui a connu de graves troubles de la mémoire à la fin de sa vie. On m'a raconté qu'il ne reconnaissait même plus ses anciens compagnons de la construction du métro de Montréal... Et nous? Nous souvenons-nous des grands hommes et des grandes femmes qui ont façonné notre ville?

Benoît Clairoux

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Ligne 11 - Montagne

Selon une légende tenace, le mont Royal serait un ancien volcan endormi. Il est vrai que sa forme conique donne l'impression que nous avons affaire à un ancien volcan. Est-ce à dire que la STM devrait changer le nom de la ligne de bus 11 - Montagne pour 11 - Volcan? Pas si vite!

En réalité, le mont Royal n'a jamais été un volcan. Il consiste plutôt en une intrusion souterraine de magma qui s'est approché à deux kilomètres de la surface avant de se cristalliser. Durant les 118millions d'années qui ont suivi, les roches sédimentaires environnantes, moins dures, se sont érodées plus rapidement que les roches magmatiques, permettant à celles-ci d'atteindre la surface. Cette petite animation illustre bien ce loooooooooong processus:

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Huit autres collines de la plaine du Saint-Laurent (en excluant le mont Oka) ont la même origine géologique que le mont Royal. Il s'agit, de la plus grande à la plus petite, du mont Mégantic (1105m), du mont Brome (553m), du mont Shefford (526m), du mont Yamaska (416m), du mont Saint-Hilaire (411m), du mont Rougemont (381m), du mont Saint-Grégoire (251m) et du mont Saint-Bruno (218m). Avec ses 233m de hauteur, le mont Royal se classe à l'avant-dernier rang des collines montérégiennes, expression choisie en 1903 par Frank Dawson Adams, un géologue... montréalais!

Faudrait-il alors changer le nom de la ligne 11 - Montagne pour 11 - Colline? Non plus! Dans la langue française, l'expression «montagne» désigne aussi une colline à la pente abrupte ou située dans un paysage très plat. Et dans le langage courant des Montréalais, le mont Royal sera toujours «la montagne»...

 

Source: Université McGill

Benoît Clairoux

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L'histoire est partout. Elle se cache, se fait, se vit dans les lieux que nous fréquentons. Au fond, nous sommes tous des historiens; seulement, certains le sont plus que d'autres! Historien de formation, auteur de trois livres (sur les Nordiques de Québec, le métro de Montréal et le Grand Prix du Canada) et historien non officiel de la STM, j'appartiens à cette catégorie. C'est du moins ce que pense Bobby Beaumier, webmestre de ce site, qui m'a demandé d'y contribuer en rédigeant une chronique sur l'histoire. Étant bien mal placé pour le contredire, je n'ai eu d'autre choix que d'accepter son offre et de me lancer dans cette aventure...

Je vais donc vous raconter dans cette chronique la petite et la grande histoire de Montréal, en utilisant à chaque fois comme point de départ le nom d'une ligne de bus ou d'une station de métro de la STM. Rassurez-vous: je ne me contenterai pas de répéter ce qui a déjà été écrit ailleurs! Je vais plutôt en profiter pour répondre à des questions que bien des Montréalais se posent. La ligne 11 - Montagne aurait-elle pu s'appeler 11 - Volcan? Qui se souvient de Lucien L'Allier? La ligne 85 - Hochelaga est-elle située sur le bon versant du mont Royal? Voilà quelques exemples de questions auxquelles je répondrai au cours des prochaines semaines, des prochains mois et peut-être des prochaines années. Sait-on jamais, cette chronique pourrait elle aussi passer à l'histoire!

Benoît Clairoux

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